La Coupe du monde, un objectif français par défaut ?!

Objectif Coupe du Monde Lexvnz

Le sujet n’est pas : « pour ou contre la Coupe du monde ». Manquante au palmarès français c’est une superbe compétition, légitime, qu’il faut ambitionner de remporter. Mais sportivement, l’avoir pour objectif suprême, comme on l’entend souvent en ce qui concerne l’équipe de France, n’est en rien une ambition à la hausse … c’est même plutôt l’inverse. Pire, se focaliser sur un seul objectif peut avoir pour conséquence  d’en galvauder d’autres.

  • Entre devenir les « Meilleurs du Monde » et devenir « Champion du Monde », une distinction s’impose !

Ce sont deux ambitions différentes, même si elles sont cumulables (Angleterre 2000-2003, Nouvelle-Zélande 1987-1989 et 2010-2013, Australie 1999-2001 par exemple).

La première notion se gagne sur la continuité, avec une génération de qualité et un modèle rugbystique dominant. Le Classement IRB illustre parfaitement ce concept. Y siéger en première place et surtout y rester, est amplement plus ardu que de remporter une Coupe du Monde. Le Classement IRB c’est LE titre de l’excellence globale.

Tandis que les « Champions du monde » ne gagnent, si l’on peut s’exprimer ainsi, « qu’une simple Coupe ». Cette compétition à élimination directe  se remporte bien souvent au gré des tirages, blessures ou divers coups du sort, allant  de la faute d’arbitrage jusqu’aux « jours sans » en passant par le faux rebond et la météo.

Il suffit de se remémorer toutes les compétitions de 1987 à 2011 pour trouver quasiment à chaque fois des vainqueurs aux parcours très accessibles, des concours de circonstances favorables ou des contextes politiques oppressants.

Ce n’est pas forcément l’image que l’on se fait d’un Champion du Monde … l’angle de vue étant souvent biaisé. Au lieu de le glorifier, il faut peut-être remettre le statut de cette Coupe du Monde à sa place. Celle d’une Coupe, certes avec toutes les Nations réunies, donc mondiale, mais avec toutes ses injustices, sa faible densité, son iniquité et son lot de hasard.

La Coupe du Monde récompense un groupe sur un instant présent et c’est bien là tout le « Charme » d’une Coupe. Tandis que le Classement IRB récompense la meilleure équipe du monde et son modèle rugbystique.

Bien trop souvent, le monde du rugby a eu tendance à se calquer sur le vainqueur de cette compétition … comme ébloui par la lumière du trophée. Et cela, même si le titre a été remporté sur un drop, « un seul match » ou des conditions favorables … et que le statut de « Champion du Monde » n’est pas « assumé » par la suite.

La Coupe du Monde n’a jamais été remportée deux fois consécutivement, peut-être en partie pour cela. Les All Blacks ne sont nullement la « meilleure équipe du monde » parce qu’ils sont « Champions du Monde » … ils l’ont été ces dernières années en dominant le rugby mondial depuis 2010 ainsi que le Rugby Championship.

  • La densité extrême du Rugby Championship !

Composée de l’Argentine, l’Afrique du Sud, l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, cette compétition se joue en 6 matches. Soit au moins 6 confrontations directes entre les 3 meilleures équipes du Monde. Une fois à domicile, une fois à l’extérieur.

Rendez-vous compte que durant les 7 Coupes du Monde, jamais un vainqueur n’a affronté consécutivement deux équipes Sudistes. Ça laisse songeur …  Réaliser le « Grand Chelem » en Rugby Championship est une performance sportive incroyable, bien plus complexe que de remporter une Coupe du Monde.

Pour comparaison, tout le monde comprendra qu’il est plus compliqué pour les All Blacks de gagner deux fois contre les Wallabies, les Springboks et les Pumas, le tout en 3 mois, que de sortir des « poules » d’une Coupe du Monde et vaincre, sans leur manquer de respect, l’Ecosse, le Pays de Galles et la France, comme en 1987 par exemple.

  • La Coupe du monde vitrine du rugby ?

Le rugby est un sport de combat-collectif, où des « masses puissantes » s’affrontent. C’est sûrement le seul « sport de combat » où la notion des « catégories » n’est pas prise en compte. Les poules d’une Coupe du Monde tournent donc logiquement et régulièrement à des « parodies de rugby », de par l’écart de niveau entre certaines équipes.

Les matches à élimination directe sont eux plus attentistes que productifs. Le Top14 en sait quelque chose. Quelque part, la Coupe du monde n’offre pas ce que le rugby a de meilleur. Caricaturalement, les poules offrent un rugby « bien trop large » et les phases finales un rugby « bien trop serré » pour qu’il rayonne dans son ensemble aux yeux du monde …  Ce sont les situations qui sont exceptionnelles, outre le fantastique suspens, la pression et les émotions que peuvent procurer les matches couperets, l’intérêt sportif est même finalement assez pauvre en lui-même. Les convergences des calendriers et les temps de préparations plus ou moins équivalents ne sauvent pas tout, loin de là. Un comble pour une compétition-vitrine !

  • Une compétition qui prend trop d’importance …

La Coupe du Monde de Rugby est sûrement nécessaire, ne serait-ce que pour le développement des petites Nations (quoi qu’il y ait sans doute des choses à redire à ce sujet… c’est même certain), mais elle ne mérite pas, aux yeux des professionnels de ce sport, de laisser loin derrière elle tous les autres matches. Ces derniers sont mêmes parfois remis en question … signifiant bel et bien le « mal-être » du rugby international.

Que reste-t-il aujourd’hui des joutes internationales classiques, des tournées d’une vie au bout du monde, de l’honneur de recevoir comme il se doit les autres Nations, de rester invaincu chez soi, d’aller défier les autres chez eux, du Tournoi ?

Ce sont tous ces matches qui ont  pourtant animé le rugby durant près d’un siècle … Peut-être que le rugby devient trop répétitif. L’accumulation de toutes sortes de matches remplissent les poches mais tendent à banaliser les événements. Peut-être faudrait-il savoir décélérer pour éviter de « galvauder » et redonner de l’importance, de l’envie !

La FFR veut la Coupe du Monde, très bien ! Mais 4 ans c’est long, et tout miser sur une compétition aussi aléatoire que celle-là, semble hypothétique voir même « petit bras ». Essayons peut-être de créer un groupe régulier, de réorganiser notre calendrier, d’établir notre jeu, de dominer le Tournoi et de remporter quelques matches dans le Sud. En somme de prendre les choses les unes après les autres. Ce serait finalement déjà plus ambitieux. Si nous y parvenons, nous serions sûrement en meilleure position pour faire basculer tous les « petits détails » de notre côté et parvenir enfin à remporter cette  « Coupe du monde ».

Crédits : photo fantastiqueunivers.centerblog.net

 

Une réflexion au sujet de « La Coupe du monde, un objectif français par défaut ?! »

  1. Très pertinent.

    C’est assez rare de lire ce genre de point de vue. Les « pro-Coupe du monde » n’ont pas l’habitude que l’on casse leur délire … :)

    C’est une belle compétition, très prenante, mais qui est clairement sur-évaluée. On est d’accord.

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