Du rêve à la réalité: la saison noire des Highlanders

2013Highlanders

Absents des Play Off depuis 2002, les « Highlanders »  avaient choisi en 2011, Jamie Joseph pour reconstruire la Franchise qui végétait  sur les trois dernières années aux 11èmes et  12èmes places du Super Rugby.

Avec un recrutement opportuniste et un travail de « réseau », axé sur les joueurs Maoris, le nouveau patron des Highlanders a réussi à faire venir pour participer à cette aventure de nombreux joueurs comme Aaron Smith, Phil Burleigh, Colin Slade, Hosea Gear, Kade Poki, Tamati Ellison ou Andrew Hore.

Avec eux, les Highlanders se sont remis à croire à un retour parmi l’élite en terminant à la 8ème et à la 9ème place. Mais surtout en apparaissant de plus en plus comme un potentiel « outsider » du Super Rugby.

Cette année encore, le recrutement était « grandiose » : Tony Woodcock, le bientôt « centurion » des All Blacks venu redonner du mordant à sa carrière, Brad Thorn, désireux de continuer à évoluer à un haut niveau, Fumiaki Tanaka, l’excellent demi de mêlée Japonais, Jason Emery, le petit « prodige » des Turbos, Ma’a Nonu, futur « Hall of Famer », continuant son tour de Nouvelle-Zélande, Declan O’Donnell, jeune vedette des All Blacks Seven etc.

Alors que les plus grands espoirs  étaient attendus pour la Franchise des Highlanders, c’est une année « cauchemardesque » qui s’est produite en terminant avant dernier du classement général.

Focus détaillé de la saison pour comprendre ce qui s’est passé:

  • Une ambiance déjà tendue avant de commencer la saison ?

Derrière les ambitions sportives et les grandes annonces se cachent parfois d’autres aspects moins exposés mais tout aussi décisifs.

La Franchise a connu dernièrement d’embêtants problèmes financiers. La scission de la « maison mère » Otago avec le Southland se ressent de plus en plus. Le fait de faire jouer un match à Invercargill (capitale du Southland) ferait perdre entre 50.000 et 100.000 $ de revenus. Des accords financiers sont trouvés mais ne sont pas forcément à l’avantage de toutes les parties.

L’apport de nombreux joueurs d’autres provinces ont bousculé les concepts de jeu, tant apprécié des hommes du sud et le fait de n’avoir plus beaucoup de joueurs issus du cru local fait également jaser les plus traditionnalistes.

L’arrivée de Tony Woodcock ne fût sûrement pas évidente à gérer pour le fidèle et local pilier Jamie McIntosh (qui décidera de signer en fin de saison pour les Chiefs, en quête de temps de jeu).

L’arrivée de Ma’a Nonu s’est faite au détriment des deux autres 2nd 5/8 de l’effectif : Phil Burleigh (qui, suite à la blessure de T.Ellison joua second centre, un poste qui ne lui est pas familier) et Shaun Treeby.

Dès les premiers « trainings squad », les Highlanders annonçaient que : Declan O’Donnell et Doug Tietjens étaient OUT pour la saison, Colin Slade ne serait pas remis sur pied à temps et que Tamati Ellison raterait toute la 1ère partie de la saison.

On a connu de meilleures ambiances pour commencer une compétition.

  • Le catastrophique déroulement de l’année :

Pourtant le départ fût plein d’envie, « tout feu tout flamme ». Un jeu un peu à l’image de Lima Sopoaga, jouant un rugby très enlevé mais trop risqué, surtout avec les écarts dans les préparations physiques des joueurs et notamment des All Blacks, trop longs à se mettre en condition.

Et puis les blessures continuèrent de s’accumuler : Nasi Manu, l’atout « puissance » N°1 des Highlanders fût également OUT pour toute la compétition, dès la 1ère heure de jeu.  Lima Sopoaga l’imita quelques jours après. Puis ce fût le tour de Burleigh, puis de Hardie.

Tout cela amena beaucoup de réaménagement et certains joueurs eurent du mal à se situer : Joe Wheeler par exemple ne trouvait pas sa place, Phil Burleigh était mal à l’aise en second centre et Elliot Dixon n’évoluait pas dans le même rôle que Nasi Manu. C’est dans ces conditions, en recherche de puissance, que TJ Ioane fit son entrée dans la compétition et que Mose Tuiali’i fût appelé en catastrophe.

Beaucoup de matches furent perdus d’un rien, et il y a fort à parier, que dans un autre contexte, le « petit plus » aurait pu tourner dans l’autre sens, surtout à domicile.

L’incorporation des nouveaux fût irrémédiablement impactée par tous ces facteurs. Les séries de défaites et les blessures en cascade plombèrent forcément le moral du groupe.

Par-dessus tout, même si les Highlanders n’en n’avaient pas besoin, l’indiscipline s’est installée et a fait déborder un vase déjà bien rempli. Les deux caractères bien trempés de Ma’a Nonu et Jarrad Hoeata ont laissé éclater trop souvent toute la frustration et la déception de l’équipe.

Les leaders de vestiaire « locaux » de la Franchise qu’étaient Jimmy Cowan (parti en Angleterre) et Adam Thomson (au Japon) auraient été d’une aide précieuse mais n’étaient plus là. Tandis que Jamie McIntosh, mis sur la touche, était un homme « amoindri ».

Pour resserrer l’équipe, les Highlanders se tournèrent logiquement vers le vieux guerrier  Brad Thorn et l’accent fût remis sur les fondamentaux, sur de l’engagement et de la cohésion. Steve Hansen interviendra lui-même, pour demander à Aaron Smith de revenir à des choses plus simples.

Pour finir, le dernier match illustre bien cette terrible saison. L’avance acquise à la mi-temps de ce match (24 points) est au moins aussi grande que les espoirs placés en début de saison sur cette Franchise. Le résultat lui, est cauchemardesque.

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  • Retour sur terre pour 2014 :

On voit bien que tout n’a pas été si mauvais aux Highlanders et que l’espoir placé en eux n’est pas infondé. Il faudra cependant à tout prix retrouver davantage de cohésion et de bon sens, améliorer la défense, gagner en réalisme et mettre un terme à cette indiscipline.

Après une année comme celle-là, il était difficile de retenir tout le monde. Jamie McIntosh, Kade Poki, Mose Tuiali’i, Hosea Gear et Colin Slade sont déjà déclarés partant.

Et même si la piste John Plumtree pour épauler Jamie Joseph s’est envolée, les Highlanders ont des motifs de satisfactions à avoir et des joueurs sur lesquels s’appuyer.

Ben Smith, Brad Thorn et Tamati Ellison ont resigné. Liam Coltman et TJ Ioane sont des jeunes plein d’avenir. Shane Christie sera en renfort. La province d’Otago, en plein renouveau, pourrait également fournir de bons joueurs (Fa’asiu Fuatai, Michael Collins, Aki Seiuli par exemple). Si cette équipe est épargnée par les blessures et dispose de son effectif au complet, elle sera à juste titre encore considérée comme dangereuse, d’autant plus qu’elle sera revancharde et plus expérimentée. Elle aura en tout cas à cœur de tout faire pour ne plus revivre ça.

  • Que disent les statistiques ? (stats SanzarRugby.com)

Positif :

  • JEU AU SOL : 95% de rucks gagnés, dans la norme, tout à fait honorable.
  • MÊLEE : Simplement la « meilleure mêlée » de la compétition avec 94% de succès sur introduction. Bien devant les secondes équipes à 91%.
  • JEU APRES CONTACT : La 3ème  équipe en nombre d’offloads réussis. Ce qui prouve l’envie de jouer et la qualité de l’effectif. 205 offloads, derrière les 209 des Waratahs et les 208 des Chiefs.
  • 1 CONTRE 1 : Les joueurs des Highlanders sont également ceux qui ont le plus battu d’adversaires direct. 400 adversaires battus en 18 matches, soit plus de 22 par match. Les Waratahs sont seconds et loin derrière avec 333 défenseurs battus.
  • AVANCEE : 2ème  équipe au nombre de mètres parcourus balle en main avec 7.956 mètres, derrière les Crusaders et leurs 8.237 mètres.
  • PARTICIPATION : 3ème  équipe de la compétition au nombre de charges balle en main : 2.025.

Négatif :

  • INDISCIPLINE : Franchise qui a reçu le plus de carton jaune, 11 au total. Les équipes qui suivent n’en ont eu que 6 (Brumbies, Force et Rebels) !
  • TOUCHE : La touche n’a pas été bonne. 80,5% seulement sur leurs lancers. 11ème  équipe du Super Rugby.
  • DEFENSE : Les statistiques de plaquages ne sont pas idéales avec le 13ème  bilan de la compétition et un taux de 85,4% de plaquages réussis.
  • PRAGMATISME : En étant la 6ème  équipe qui a le plus de fois brisé la ligne défensive adverse avec 119 clean breaks, les Highlanders auraient dû scorer largement 2 fois plus d’essais qu’ils ne l’ont fait.  Ce manque de réalisme coûte très cher dans de nombreux matches serrés.

A titre individuel :

  • Hosea Gear termine en seconde position des meilleurs marqueurs d’essais (8)
  • John Hardie a longtemps figuré parmi les meilleurs plaqueurs de la compétition avant d’être arrêté sur blessure.
  • Même si Colin Slade a été blessé en début d’année, l’absence d’un métronome dans l’exercice des tirs aux buts s’est parfois fait ressentir.
  • Ben Smith réalise 26 offloads, soit le 4ème meilleur résultat de la compétition. Hosea Gear et ses 21 offloads est également dans les tout meilleurs.
  • Ben Smith est le joueur ayant parcouru le plus de mètres balle en main du Super Rugby. 1.427 mètres. Hosea Gear est encore présent avec 1.158 mètres.
  • Les Highlanders ne placent aucun joueur dans les meilleurs preneurs de balle en touche.
  • Ben Smith et Hosea Gear s’illustrent encore dans le classement des joueurs ayant battu le plus d’adversaire. Respectivement 57 et 54, soit les second et troisième résultats, tout joueurs confondus.
  • On retrouve Ben Smith (19) et Hosea Gear (17) pour le nombre de clean breaks,  aux 5ème  et 8ème  places.
  • Toujours Ben Smith et Hosea Gear pour le classement des meilleurs porteurs de balle. Le premier termine en 3ème  position avec 186 courses et le second termine 9ème  avec 163 courses balles en main.
  • Ceux qui ont séduit :

Liam Coltman : 13 matches, 3 titularisations. Beaucoup d’entrées tranchantes. A su saisir sa chance suite à la blessure de Brayden Mitchell. Une des révélations de l’année pour les Highlanders, mais peut-être aussi pour la Nouvelle-Zélande.

Brad Thorn: 15 matches, 15 titularisations. Heureusement qu’il était là. Toujours compétitif, toujours régulier.

John Hardie : 13 matches, 13 titularisations. Pur numéro 7, il a fait son boulot, et plutôt bien. Se blesse également en fin d’année. L’équipe d’Ecosse  le suit de près.

TJ Ioane : 13 matches, 7 titularisations. Initialement dans le squad de développement, il a réussi à se faire une place au fil des mois. Montée en puissance constante et intéressante pour la suite.

Mose Tuiali’i : 9 matches, 8 titularisations, 1 essai. Appelé en renfort, il a apporté un bien fou à cette équipe.

Tamati Ellison: 8 matches, 8 titularisations, 4 essais. A énormément manqué. Dès son retour de blessure, il a apporté beaucoup de « naturel » et de « logique »  au centre de l’attaque. Elément essentiel.

Hosea Gear: 16 matches, 16 titularisations, 8 essais. A réussi à surnager. Année pleine et bien remplie.

Ben Smith : 16 matches, 16 titularisations, 6 essais. Année exceptionnelle. Sûrement le meilleur arrière du Super Rugby cette année.

  • Ceux qui ont déçu :

Andrew Hore : 14 matches, 12 titularisations. Présent toute l’année, n’a jamais été à son meilleur niveau. Il aurait peut-être mérité d’avoir un peu plus de temps de préparation pour lancer sa saison.

Tony Woodcock : 12 matches, 11 titularisations, 1 essai. A court de rythme, il semblait loin de son meilleur niveau.

Jarrad Hoeata : 12 matches, 12 titularisations. Utilisé davantage en blindside (poste qu’il occupe avec Taranaki) qu’en deuxième ligne cette année. Il a semblé parfois un peu dépassé par le rythme plus élevé du Super Rugby. A eu également quelques problèmes d’indiscipline.

Josh Bekhuis : 14 matches, 13 titularisations. Titulaire de longue date, il n’aura pas marqué de point en tant que leader de touche cette année.

Joe Wheeler : 10 matches, 4 titularisations. Dur de remplacer Adam Thomson en blindside. Ce fut une année compliquée pour lui.

Jake Paringatai : 6 matches, 2 titularisations. Retour difficile pour le vétéran Maori, qui a eu du mal à s’imposer après 3 années passées en Top League.

Lima Sopoaga: 7 matches, 2 titularisations, 21 points au pied. Des choses intéressantes accompagnées d’erreurs grossières en début de saison, puis comme « toujours » en Super Rugby pour lui, une blessure.

Phil Burleigh: 8 matches, 5 titularisations, 1 essai. Seconde année en Super Rugby plus compliquée pour lui dès lors qu’il a dû quitter son poste de 2nd 5/8 pour évoluer en second centre. Blessé à partir du mois de mai.

Ma’a Nonu: 10 matches, 8 titularisations, 1 essai. Dès le départ pas en rythme, assez indiscipliné, il aura fallu attendre les tests matches des All Blacks pour le retrouver. Trop tard pour les Highlanders.

  • Les autres :

Chris King : 9 matches, 8 titularisations. En concurrence directe avec Ma’afu Fia, il a su répondre présent lorsque ce dernier s’essouflait. Toujours aussi actif, pas grand-chose à lui reprocher.

Ma’afu Fia : 15 matches, 9 titularisations. Il abordait cette année 2013 en tant que titulaire, mais a connu un gros passage à vide. S’est bien repris sur la fin de saison.

Bronson Murray : Jamais titulaire, 7 rentrées en jeu. Il n’a pratiquement jamais affaibli l’équipe, excepté son carton jaune contre les Hurricanes.

Jamie McIntosh : 5 matches, 4 titularisations. Devenu remplaçant de luxe, il devrait être « frais » pour l’ITM Cup.

Elliot Dixon : 13 matches, 5 titularisations, 2 essais. Il manquait peut-être un peu de puissance pour remplacer Nasi Manu en N°8 mais a terminé cette saison en tant qu’openside flanker de très belle manière avec une grande performance contre les Hurricanes (22 plaquages).

Aaron Smith : 16 matches, 13 titularisations, 4 essais. Rien n’était simple cette année. Il a éprouvé quelques difficultés à obtenir ce qu’il attendait sûrement.

Fumiaki Tanaka: 13 matches, 3 titularisations, 1 essai. Très volontaire, a également eu du mal à peser et à tirer cette équipe vers le haut. 1ère année en Super Rugby qui reste très encourageante.

Colin Slade: 13 matches, 11 titularisations, 2 essais, 121 points au pied. Blessé depuis longtemps et ayant raté le début de saison, il a mis un peu de temps avant de retrouver son niveau. Termine très bien.

Hayden Parker: 10 matches, 3 titularisations, 29 points. A bien joué lors de ses apparitions. Bonne 1ère année pour le jeune demi d’ouverture d’Otago.

Jason Emery: 11 matches, 7 titularisations, 1 essai. De bons débuts. A 19 ans, c’est très encourageant.

Shaun Treeby: 7 matches, 6 titularisations, 2 essais. Toujours bon lorsqu’il a été aligné. Jamais exceptionnel, mais l’un des plus régulier au centre de l’attaque des Highlanders.  

Buxton Popoali’i : 5 matches, 2 titularisations. Plutôt intéressant en début de saison, blessé par la suite.

Kade Poki : 8 matches, 8 titularisations, 5 essais. Toujours aussi tranchant en début de saison, il a ensuite été également gêné par des blessures.

Tim Boys (3 matches pour 51 minutes de jeu)/ Brayden Mitchell (2 matches seulement)/ Frae Wilson, Nasi Manu, Tony Ensor et Trent Renata (1 seul match)/ Doug Tietjens, Hugh Blake et Declan O’Donnell (0 match)

Crédits : Photo Stuff.co.nz/ Vidéo tt TTRugbyVids

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