Bientôt les nouvelles règles de la mêlée. Dernier défi pour Mike Cron, le gourou néo-zélandais

mikecron

Mike Cron est reconnu comme l’un, sinon le meilleur, des entraîneurs de mêlée au monde.

Partout où il passe, il rend les mêlées plus sûres, plus intelligentes et plus puissantes. Et cela à tous les niveaux du jeu. Aussi bien avec des adolescents canadiens qu’avec des All Blacks, les améliorations se font sentir.

Aimant sa liberté. Il a travaillé dans d’innombrables écoles, clubs, provinces, franchises, sélections nationales où il a pu propager sa « science ».

Mike a réussi à créer son poste grâce à son expertise. Il est respecté pour son approche pédagogique et ses recherches perpétuelles sur ce secteur.

Graham Henry déclara à son sujet:

« Mike Cron incarne le summum du coaching de la mêlée. Connaissances, technique, patience, sécurité et un immense respect pour les hommes qu’il a en charge. Il a surtout les capacités de savoir  transmettre ses connaissances à la fois aux joueurs mais aussi aux entraîneurs. Partout sur ce globe. C’est pourquoi on l’appelle le « docteur de la mêlée ». Le numéro 1 dans le monde ».

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Né le 14 Décembre 1954 à Christchurch, il débute sa carrière dans le coaching en 1982 dans l’équipe première du College St Andrews. Chacun de ses passages est couronné de succès.

1982-1984: St Andrews College First XV (Coach)

1984-1987: Christchurch Rugby Club (Coach)

1987-1988: Canada, Senior & Provincial (Coach)

1988-2002: Canterbury (Coach de la mêlée)

1997-2002: Crusaders (Coach de la mêlée)

2002-2003: Pays de Galles (Coach de la mêlée)

2002-Present: Panasonic Wild Knights (Coach de la mêlée)

2004-Present: NZRU (Chargé de recherches)

2004-2011: All Blacks (Coach de la mêlée)

2012-Present: All Blacks (Coach des avants)

Il travaille également régulièrement avec les Franchises du Super Rugby (Hurricanes dernièrement) et les All Blacks U20 depuis plusieurs années.

On dit que les travaux de Mike Cron ont permis à la mêlée All Blacks d’augmenter près de 40% du poids de poussée sur machine.

« Le point de départ, c’est la technique. Tout commence avec la technique. »

La mêlée de Cron part du principe que plus les joueurs du pack ont une meilleure compréhension de ce que font leurs partenaires à côté d’eux, plus ils ont tendance à pouvoir anticiper et répondre collectivement et intelligemment aux problèmes rencontrés.

Le travail tient évidemment une grande place dans la formation d’un pilier. Mike Cron est devenu un expert des « skills » pour la mêlée. Et plus particulièrement pour le travail au sol qu’il juge primordial.

D’après lui il faut au moins 4 ans de coaching personnel pour former un pilier à un certain niveau.  Un pilier doit répéter sans cesse pour obtenir de l’intuition, des sensations. La force d’un pilier grandit tout au long du processus de conditionnement physique et technique. « Il n’y a pas de solution rapide ».

 «La première chose que vous avez à faire est de revoir votre position. Travailler l’installation, la mise en place. »

Il faut trouver l’équilibre idéal qui permet de contrôler le maximum de paramètres.

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« La seconde chose, c’est l’engagement. »

Dès lors que le processus est enclenché, il faut s’engager tous ensemble de façon optimale et coordonnée. Il faut être explosif et réactif.

« La troisième chose c’est la phase de la poussée ».

Savoir conserver le maximum de puissance commune et ne pas éparpiller les efforts. Il faut essayer d’avoir des repères communs, de comprendre les problèmes du voisin, anticiper et agir tous ensemble pour réparer les déséquilibres.

Toujours plus de sécurité:

Mike Cron a travaillé de nombreuses années avec des médecins, des scientifiques, des  préparateurs physiques, qui l’ont aidé à comprendre davantage le corps humain.  Il cherche toujours les meilleures positions, celles qui donnent le plus de sûreté et le plus de force. Depuis 1980, Mike Cron déclarait récemment ne pas se souvenir qu’un de ses piliers se soit blessé au cou. Pour lui, ce salut vient de la technique, qui permet seule de faire une mêlée correctement.

Le poids ne fait pas tout:

Pour Cron, beaucoup de choses dépendent de la façon d’utiliser son corps et pas de la puissance brute des individus. Beaucoup d’avants en Nouvelle-Zélande viennent des fermes :

« Les gars qui travaillent à la ferme, les travailleurs manuels, ce genre de gars, savent généralement comment utiliser leur corps pour rester fort avec le mouvement ».

« Vous pourriez ne pas être l’homme le plus puissant dans le gymnase, mais vous pourriez bien être le plus puissant en mêlée parce que vous pouvez utiliser votre corps d’une meilleure façon que d’autres ».

En Nouvelle-Zélande, beaucoup de jeunes, même pas très imposants physiquement, apprennent certaines techniques de base en mêlée, sans tomber dans du physico-physique.

S’il l’un d’entre eux comprend davantage que les autres la « technique » requise et semble avoir de bonnes intuitions, il se dirigera peut-être vers ce poste. La logique est de trouver le poste réel du jeune joueur, pas de lui imposer le poste de pilier parce que, à 13 ans il est « rond », ou le poste de demi de mêlée parce que, à 14 il est petit. Un vrai travail sur ce que demandent les 15 postes et sur les qualités des joueurs est réalisé pour optimiser les chances de réussite et d’épanouissement.

La pédagogie naturelle:

Autre grand point fort de Cron.  Il entretient de franches relations avec les joueurs. Il leur parle beaucoup. N’hésite jamais à les complimenter. Enseigne clairement et avec beaucoup de simplicité.

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Bientôt, les nouvelles règles de la mêlée entreront en vigueur.

Rappel : L’IRB a choisi de remplacer le deuxième commandement par un « Liez ». Les piliers devront donc se lier avant d’entrer en collision.

Le but de ces nouvelles mesures est de réduire l’impact au moment de la rentrée en mêlée. La procédure a été recommandée à l’IRB par un groupe d’experts qui a mené une étude sans précédent, analysé à tout niveau par l’Université de Bath, dans le but d’améliorer cette séquence. Après une période d’essai dans les compétitions de jeunes en Afrique du Sud jugée satisfaisante, cette nouvelle expérimentation a été validée, avec l’aval du monde du rugby, des arbitres, des entraîneurs et des joueurs. (Mike Cron faisait partie des experts, avec les français Didier Retières et Joël Jutge).

Cette diminution d’impact devrait limiter le nombre de mêlées écroulées, tout en préservant la santé des joueurs.

Dans le même temps, les arbitres seront encouragés à être de plus en plus intransigeants sur ces phases, également sur les introductions illicites des demis de mêlée.

Qu’est-ce que ça va changer ?

Il n’y aura probablement pas la « mort du pilier » annoncée un peu partout. L’impact sera limité, pas supprimé. Ce sera la première ligne la plus technique qui prendra le dessus. Celle qui aura le meilleur placement, les meilleures liaisons et la meilleure poussée. A niveau technique proche, c’est la plus puissante qui l’emportera.

Ces nouvelles dispositions pourraient également permettre de retrouver un talonneur qui talonne. Il faudra suivre l’appréciation des arbitres sur les introductions de balles.

Mike Cron lui-même le reconnait. Ce nouveau système enlève de la force aux impacts des mêlées d’aujourd’hui. Les essais réalisés estiment que l’impact est réduit de 25% environ. En supprimant le caractère explosif de l’impact initial, les avantages sont nombreux.

Cela permettrait de réduire considérablement le nombre d’effondrements. Cela devrait donc réduire les infractions techniques qui mènent aujourd’hui inéluctablement à des coups francs puis des pénalités. Le jeu devrait logiquement voir son volume augmenter.

Au lieu d’attendre ou « quémander » une pénalité, les demis de mêlées devraient davantage jouer. Les lancements de jeu, si intéressants derrière une mêlée, pourraient redevenir la base de lancement qu’ils pouvaient être quelques années auparavant.

Mike Cron : « Je serais normalement peu disposé à voir retirer de la puissance à une mêlée, mais ça doit être fait si cela permet au jeu de se servir davantage de la mêlée ».

Il y a également l’avantage non négligeable de l’aspect sécuritaire. La force des impacts ne cessaient de croître et la répétition des écroulements augmentaient considérablement les risques de blessure.

Les batailles entre meilleures nations, devraient donc se jouer à 8 contre 8 sur l’efficacité technique et la puissance des packs respectifs. L’affrontement sera davantage censé aboutir à un recul d’un pack sur l’autre plutôt qu’à un effondrement.

Pour les All Blacks:

Mike Cron ne croit pas beaucoup que cela changera énormément les choses pour les All Blacks en ce qui concerne les choix des piliers. Il laisse cependant entendre qu’il est possible que certains joueurs puissent bénéficier de ces nouvelles règles. Mais il termine en disant qu’il n’y aura rien de générique, que ce sera, comme d’habitude, du cas par cas.

Les noms de Jamie McIntosh et Wyatt Crockett reviennent souvent.  Ils pourraient bénéficier des nouvelles règles. A moins que le rapprochement des premières lignes ne fasse qu’exacerber les problèmes des « grands piliers » par la taille, qui mettent parfois du temps aujourd’hui à s’étendre et trouver leur position de poussée idéale.

Le guide spirituel de la mêlée des All Blacks en est certain. L’art de la mêlée ne sera pas perdu lorsque les nouvelles lois entreront en vigueur. « Le meilleur pilier sera toujours le meilleur pilier. »

Toutefois, il rajoute : «Les Argentins et les Français, qui fournissent essentiellement leur effort après l’impact, s’accommoderont très bien de ces nouvelles règles ». Les néo-zélandais qui avaient les premiers travaillé sur l’impact, devront à nouveau s’adapter.

En conclusion:

La NZRU a décidé d’utiliser ce nouveau processus pour l’ITM Cup 2013 qui débutera le 15 août. Il sera également utilisé lors du Rugby Championship qui arrive.

Carl Hoeft, l’entraîneur adjoint de Waikato a déjà pu expérimenter ces nouvelles mêlées avec les « Chiefs Development » cette année. Il reconnait que tout le monde a eu du mal au début mais a remarqué le nombre d’effondrements diminués à vue d’œil.

Ces nouvelles règles seront donc en vigueur pour la prochaine coupe du monde en 2015. Il se pourrait que ce soit le dernier défi de Mike Cron. Agé désormais, il souhaitait déjà prendre sa retraite après le sacre de Champion du monde en 2011. Mais les  Cron n’en n’auront pas terminé avec les mêlées pour autant puisque le fils Cron, Dan, commence réellement à se faire un nom dans le championnat provincial en tant que coach de la mêlée. Il suit évidemment  les bases de son père,  » l’installation est la clé » mais déclare commencer à avoir également ses propres idées.

Nul doute que la « nouvelle règle » sera  elle aussi, comme les autres, un jour détournée et qu’il faudra relancer une enquête pour en refaire une.

Les spécialistes de la mêlée ont du pain sur la planche et en auront toujours. Tom Coventry et Dave Hewett font aujourd’hui du très bon boulot, mais Mike Cron est une « légende ». Il restera comme celui qui a monté cette spécification rugbystique à une place jamais atteinte auparavant.

Crédits: Photo November 20, 20082008-11-20 00:00:00– Source: Ross Land/Getty Images Europe/ Vidéos: BCRugbyNews/ crs208/ therugbysite 

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