All Blacks U20, autopsie d’un nouvel échec

WorldCup U20 2013

Voilà 2 ans maintenant (2012 et 2013) que les « Baby Blacks » ne remportent pas la coupe du monde des -20 ans, alors qu’ils restaient sur 4 victoires sur les 4 premières éditions (2008, 2009, 2010 et 2011).

Félicitations tout d’abord aux Anglais (1er), aux Gallois (2nd) et aux Sud-Africains (3ème) qui terminent logiquement devant les Néo-zélandais (4ème) sur ce tournoi.

Logiquement, car cette équipe des All Blacks U20 2013, a été l’une des plus faibles depuis la création de cette compétition pour la Nouvelle-Zélande.

Il y avait auparavant beaucoup plus de précisions, de cohérence et de maturité dans le jeu proposé. On avait le sentiment que les premières équipes savaient où elles allaient, maîtrisaient leur rugby et dominaient leurs adversaires principalement par une plus grande maturité qui se traduisait par une justesse impressionnante à cet âge.

Lors de l’élimination cette année, contre l’Angleterre en demi-finale, il y avait parfois un sentiment d’impuissance rugbystique. Constat anormalement inquiétant, qui donne envie de tirer la sonnette d’alarme.

 

Ce qui a posé problème:

  • Un réel manque de préparation par du jeu au pied. Les ambitions étaient bien trop élevées pour jouer sans cesse à la main face à des équipes mieux organisées et plus fortes physiquement.
  • Des plans de jeu parfois caricaturaux, avec beaucoup d’envie de produire, mais avec beaucoup de naïveté. C’était la première fois que cette équipe des AB U20 tombait aussi grossièrement dans du jeu « large-large » sans resserrer un minimum les rangs par du jeu d’affrontement devant. Au final, même si une équipe envoie du jeu durant 80 minutes, si elle ne varie pas, on peut parler de  « pauvreté ». Tous ces efforts, si peu récompensés, ont dû, par-dessus tout, apporter bien plus de frustration que de plaisir commun.
  • De nombreuses imprécisions, fautes de mains inhabituelles, incompréhensions.
  • Jamais dominateur dans le jeu au sol. Jeu qui manquait de soutien pour le porteur de balle, comme s’ils étaient déjà pressés d’écarter de nouveau. Naïf ou négligeant.

 

Plus généralement, plusieurs  points méritent d’être abordés afin de comprendre la raison de ce nouvel échec, qui est intervenu cette fois encore plus tôt dans la compétition:

 

1) La progression des autres équipes

Les Anglais, les Gallois et les Sud-Africains étaient mieux organisés et semblent de plus en plus impliqués dans cette compétition. Les Sud-Africains et les Anglais étaient au-dessus des autres nations physiquement et bien dans leur rugby. Les Gallois également en phase avec leur philosophie de jeu, possédaient réellement des joueurs  d’exception cette année et confirment la bonne santé du rugby au Pays de Galles.

2) L’exceptionnalité de certaines années antérieures 

  • Dave Rennie (coach en 2008, 2009 et 2010)

Qui a confirmé depuis qu’il était un entraîneur de tout premier plan, avec une méthode, sachant où il va et sachant comment faire pour obtenir ce qu’il veut. Il arrive toujours à tirer le maximum des joueurs qu’il a à sa disposition et choisit souvent les « bons » joueurs pour que l’équipe fonctionne.

  • Les années 2008 et 2011 étaient de « grands crus »

Des années où une multitude de joueurs avaient un niveau exceptionnel, joueurs qui confirmeront par la suite (Aaron Smith, Sam Whitelock, Beauden Barrett, Sam Cane, Steven Luatua, Brodie Retallick, Zac Guildford, Ryan Crotty, Luke Braid etc)

L’importance d’avoir des éléments dominants aux postes 9-10. Ces deux dernières années, les charnières semblaient en dessous, en tout cas moins précoces et moins sereines que celles qui étaient proposées auparavant.

     2008: Aaron Smith-Dan Kirkpatrick

     2009: Frae Wilson-Aaron Cruden

     2010: Tawera Kerr-Barlow-Tyler Bleyendaal

     2011: TJ Perenara-Gareth Anscombe

     2012: Bryn Hall-Ihaia West

     2013: Tyler Adams-Simon Hickey

3) Le désordre

Le rugby néo-zélandais est depuis peu confronté violemment au rugby mondialisé. Cela a également semé la pagaille au sein de la NZRU pour les All Blacks U20, certains changements ont semble-t-il affaibli cette équipe.

La NZRU s’est toujours basée sur le conservatisme, à la fois dans son style de jeu, que dans les hommes employés, joueurs et entraîneurs. Les sélections de jeunes évoluent dans des « moules » conforment à ceux des All Blacks. Ce sont des antichambres.

Liste des entraîneurs des All Blacks U20 depuis 2008:

  • 2008 – Dave Rennie (avec Richard Hilton-Jones comme assistant). VICTOIRE
  • 2009 – Dave Rennie (avec Mark Anscombe comme assistant). VICTOIRE
  • 2010 – Dave Rennie (avec Mark Anscombe comme assistant). VICTOIRE
  • 2011 – Mark Anscombe (avec Chris Boyd comme assistant). VICTOIRE

Il était évidemment prévu que ce soit Mark Anscombe l’entraîneur des U20 en 2012, mais il fût le 1er à mettre le désordre dans la maison, quand il déclina le poste pour rejoindre la province irlandaise de l’Ulster.

C’est donc, rapidement, que la NZRU dû trouver un remplaçant. Et Rob Penney, l’entraîneur de Canterbury fût choisi. C’est la 1ère défaite.

  • 2012 – Rob Penney  (avec pour assistants: Scott McLeod et Chris Boyd). DEFAITE

Après cet échec, Rob Penney, au lieu de continuer, décida lui aussi de quitter subitement la Nouvelle-Zélande, toujours pour l’Irlande, mais cette fois pour la province du Munster.

La NZRU prit en considération le fait que les règles du jeu avaient changé et qu’elle était en concurrence directe avec de « riches » clubs européens (en tout cas, plus que ce qui se pratique en Nouvelle-Zélande). Ils décidèrent cette fois de revenir aux bases et de faire confiance à l’assistant Chris Boyd. Mais ce fut la seconde défaite.

  • 2013 – Chris Boyd (avec pour assistants Chris Gibbes et Liam Barry). DEFAITE

Avec ces deux exils d’entraîneurs consécutifs, la continuité a été brisée et la NZRU a subit de plein fouet le phénomène, en étant beaucoup trop dans la réaction et éloignée des plans prévus.

Et ça ne va pas aller en s’arrangeant, car l’on vient d’apprendre que Chris Gibbes, assistant de Boyd en 2013, vient de signer pour être en charge des avants des … Ospreys, au Pays de Galles.

Comment dans ces conditions le modèle vertueux de la confiance et de la continuité peut-il s’opérer  convenablement ? Pas évident de lutter, il faudra compter et s’entourer des bonnes personnes.

En Nouvelle-Zélande, les exils ne concernent plus seulement les joueurs, mais aussi les entraîneurs, ce phénomène sera l’objet d’un prochain article.

 

4) La politique

La Nouvelle-Zélande applique pour les U20, la politique d’ « une équipe pour un tournoi »

L’année prochaine, comme tous les ans pour les Baby Blacks, 28 sur 30 (en moyenne) nouveaux joueurs participeront à la Coupe du monde. Ce qui n’est pas le cas de toutes les autres Nations qui développent de plus en plus des programmes sur 2 ans (par manque de réservoir et/ou par anticipation sur les jeunes aux plus gros potentiels).

Pour la NZRU, l’objectif est, certes, de gagner la compétition, mais surtout d’utiliser un programme pour développer des systèmes, enclencher des processus de formation, et faire engranger de l’expérience a un maximum de jeunes joueurs pour devenir des rugbymans professionnels qui, pour certains d’entre eux, seront un jour appelés par l’une des 5 franchises du pays et pour représenter les All Blacks.

En conclusion, une défaite en finale en 2012, suivie d’une défaite en demie en 2013 face au futur vainqueur de la compétition n’attirerait pas autant de critiques dans de nombreux pays, mais rien n’est « normal » en Nouvelle-Zélande quand il s’agit de rugby.

Quelques joueurs ont malgré tout tiré leur épingle du jeu et devraient pouvoir s’illustrer dans les années à venir.

Les meilleurs sur l’ensemble de cette compétition :

  • Ardie Savea (1.88m 96kg –  openside flanker de Wellington), qu’il serait bon de revoir au plus vite dans un tout autre environnement, davantage structuré.
  • Michael Collins (1.86m 93kg – Centre d’Otago), qui a affiché un très bon niveau de jeu et qui évolue dans un rôle de « régulateur » qui pourrait s’avérer intéressant.
  • Patrick Tuipulotu (1.98m 119kg – 2ème ligne d’Auckland), qui a montré de bonnes dispositions pour pouvoir évoluer au niveau supérieur.
  • Epalahame Faiva (1.83m 102kg – talonneur de Waikato), très mobile et qui aura évidemment, vu son poste, beaucoup de temps pour progresser.

 

La prochaine coupe du monde des – de 20 ans sera très observée et une réaction sera évidemment très attendue.

Crédit: image prise sur hssm.com

5 réflexions au sujet de « All Blacks U20, autopsie d’un nouvel échec »

  1. Bonjour et bravo pour ce blog! Je me demande quand même si le calendrier instauré par la passage de 14 à 15 franchises en super rugby n’a pas largement affaibli les -20 NZ car la compétition s’arrêtait plus tôt il y avait donc plus de joueurs disponibles dans cette catégorie. Car les meilleurs sont désormais retenus dans leurs franchises comme Serfontein en AFS par exemple.

    • Bonsoir,

      Vous avez raison c’est également un facteur à prendre en compte.
      Moins cette année (puisque Jason Emery et Ardie Savea ont été libérés) que l’année dernière où les « Baby Blacks » avaient dû effectivement se passer de Sam Cane, TJ Perenara et Reggie Goodes (plus Gnafatasi Sua et Albert Nikoro sur blessure).
      On peut aussi éventuellement évoquer des « mauvais » choix en 2012, avec les non présences de Malakai Fekitoa, Jamison Gibson-Park et Aki Seiuli.
      Pour cette année 2013, il y a des joueurs qui auraient pu (dû ?) aussi faire le squad comme Shayne Anderson, Wharenui Hawera, Tevita Li (qui sera là l’année prochaine), Mitchell Brown ou Calvary Fonoti, mais il ne manquait pas (sauf oubli de ma part) de joueurs du Super Rugby.

      Merci de votre participation

  2. Ping : Player of the Week: Baptême de feu réussi pour Simon Hickey | LEXVNZ

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *